Ma première fête de la noix à Martel m’a réconciliée avec les marchés bondés

mai 21, 2026

Le croquant d'un cerneau m'a claqué sous les dents, juste devant la halle de Martel. L'odeur beurrée des noix fraîches m'a prise au nez, au milieu du brouhaha du marché. Depuis Caen, je suis partie deux jours en pays de Martel pour cette fête, et ce premier goût a tout changé. En tant que rédactrice culinaire indépendante pour un magazine gastronomique régional, j'ai noté chaque détail dans mon carnet.

Je suis arrivée avec mes doutes et un sac à moitié vide

Je suis arrivée avec un budget de 15 euros dans la poche et un sac léger. Je vis avec mon compagnon, sans enfants, et notre vie à deux m'a rendue prudente sur les dépenses de sortie. Je savais déjà que je n'allais pas repartir avec des kilos de noix. J'avais surtout envie de goûter, puis de voir.

On vit à deux, mon compagnon et moi, et j'aime les balades gourmandes quand elles restent simples. Ce jour-là, j'espérais une marche tranquille entre les stands, sans devoir slalomer trop longtemps. Je voulais comprendre la noix sous plusieurs formes. Cerneaux, pain aux noix, huile de noix pressée à froid, tout m'attirait. Je me suis aussi dit que je pouvais tenir un marché dense si je ne m'éparpillais pas.

L'affluence, je la connaissais de réputation, pas par le corps. J'avais lu deux ou trois articles avant de venir, puis j'avais regardé l'affiche de l'Office de tourisme de Martel. Tout annonçait une fête vivante, très suivie, avec des stands où l'on goûte avant d'acheter. En tant que Rédactrice culinaire indépendante pour magazine gastronomique régional, j'ai vite compris que ce genre d'événement se lit aussi avec le nez et les mains.

Entre bousculades et odeurs, la fête a commencé autrement que je ne l'imaginais

Les premiers mètres ont été les plus raides. J'avançais par à-coups, coincée entre un panier et une poussette, même si je ne venais pas avec des enfants. En 12 minutes, j'avais parcouru un bout de rue à peine. La chaleur montait entre les épaules des visiteurs, et je devais serrer mon sac contre moi pour ne pas accrocher les coudes. Ce qui m'a frappée, c'est la densité du bruit. Les voix se mélangeaient, puis une odeur de noix fraîche, presque beurrée, passait au-dessus du tout.

Je me suis penchée sur les étals pour regarder les coques. Elles étaient mates, un peu farineuses par endroits, et les cerneaux bien triés paraissaient presque ivoire. J'ai passé le bout des doigts sur une poignée de noix, et une poussière sèche m'est restée sur la peau. Le bruit des noix qui s'entrechoquent dans un panier en osier d'un producteur m'a accompagnée tout du long. Ce petit cliquetis me servait presque de repère au milieu de la foule.

La première dégustation a tout suspendu. J'ai pris un cerneau encore frais, minuscule et croquant, puis j'ai eu ce goût simple, rond, sans artifice. J'ai été convaincue en quelques secondes. La foule était toujours là, mais je ne la sentais plus autant. Le marché s'était rétréci à ce morceau de noix et à l'odeur beurrée qui restait sur mes doigts.

J'ai aussi fait une bêtise assez vite. J'ai acheté un sachet de cerneaux trop rempli, 8 euros, et je l'ai glissé dans mon sac de courses avec mes clés et ma bouteille d'eau. À l'ouverture, une partie était écrasée. Le sachet avait chauffé contre mon pull, et les morceaux avaient perdu leur jolie tenue. J'ai eu un petit pincement, parce que le produit était bon au départ. J'ai gardé cette mauvaise impression plus longtemps que je ne l'aurais voulu.

Je ne m'attendais pas non plus à la texture huileuse sur le bord du papier de dégustation. Elle brillait à peine sous la lumière, comme une trace discrète laissée par l'huile de noix. J'ai frotté mes doigts l'un contre l'autre, et l'odeur de coque frottée aux mains, sèche et poussiéreuse, est restée. J'ai fini par me dire que je devais acheter moins, mais mieux calé. Oui, je sais, je m'étais juré de ne plus faire ce genre d'achat improvisé.

Une autre gêne m'a retenue devant un stand de noix fraîches. Le lot avait l'air très frais, mais la coque me semblait un peu terne. Le vendeur parlait vite, sans dire grand-chose sur le séchage. Là, je me suis retrouvée à hésiter. Je n'ai pas pris ce lot, parce que je ne savais pas comment il vieillirait à la maison.

Le déclic est venu quand j'ai vu un producteur trier ses noix devant moi

Un producteur m'a fait signe de m'approcher pendant qu'il cassait des noix d'un geste sec. Il triait les cerneaux sur une planche tachée de poudre claire, puis remettait de côté les morceaux trop sombres. L'odeur était plus nette à cet endroit-là, presque chaude. J'ai regardé ses mains, ses ongles un peu marqués par la coque, et j'ai compris que je n'étais plus devant un simple étal. J'étais face à un travail précis, très concret.

Il m'a expliqué le séchage avec des mots simples. Une noix fraîche ne se gère pas comme une noix bien sèche. Il m'a montré la différence entre un lot juste cueilli et un lot reposé plus longtemps. J'ai pensé aux repères que j'avais déjà lus au Le Cordon Bleu sur les matières grasses fragiles. Pour l'huile de noix pressée à froid, il a été direct. Si la bouteille prend le soleil, le goût devient lourd et décevant. J'ai gardé cette phrase en tête jusqu'au retour.

Depuis mes années comme rédactrice culinaire indépendante pour un magazine gastronomique régional, je sais que les mots des producteurs comptent autant que les étiquettes. Ma licence en lettres modernes (Université de Caen, 2013) m'a appris à écouter ce qui se dit entre deux gestes. Ce jour-là, j'ai écouté le bruit du casse-noix, le frottement des coques, puis les silences quand il vérifiait un lot. J'ai été frappée par la logique très simple du tri. Ce que je voyais n'avait rien de spectaculaire. C'était juste sérieux.

Je ne suis pas allée plus loin que ce que j'avais sous les yeux. Pour un lot très frais ou une huile qui aurait vraiment chauffé, je laisse le dernier mot au producteur ou au moulin. Sur place, j'ai préféré demander, comparer, puis choisir. À partir de là, la foule m'a moins pesée. Elle créait des pauses naturelles entre une dégustation, une question, un achat. Je suis devenue beaucoup plus attentive.

Ce que je retiens de cette première fête et ce que je referais, ou pas

Je suis rentrée du Lot avec un regard plus calme sur les marchés bondés. Cette journée m'a montré que je supporte mieux la foule quand j'ai un but très simple. Goûter, comparer, puis partir. Je vis avec mon compagnon, sans enfants, et je crois que ce rythme colle bien à notre façon de sortir ensemble. Je n'ai pas besoin de tout voir. J'ai besoin de sentir le produit, de parler un peu, puis de décider sans me presser.

Si je retournais à Martel, je ferais la même chose en plus net. J'irais tôt, avant que les passages ne se resserrent trop. Je commencerais par les dégustations, puis je passerais aux achats à la fin. Je prendrais aussi un sac rigide, parce que mon sachet de cerneaux avait mal vécu le trajet. Et je poserais tout de suite mes questions sur le séchage et le stockage.

Je ne referais pas deux erreurs. Je n'achèterais pas trop de noix pour les glisser pêle-mêle avec des objets lourds. Je laisserais aussi l'huile à l'abri dès la fin du marché, sans traîner dans la voiture. J'ai vu assez vite ce que donne une bouteille restée en plein soleil. Le goût devient lourd et décevant, et je n'avais aucune envie de retrouver ça chez moi.

Cette fête m'a surtout offert un cadre concret pour goûter, parler avec les producteurs et avancer à mon rythme. Elle m'a réconciliée avec l'affluence, à sa manière. Ce n'est pas une sortie faite pour tous les jours, ni pour toutes les envies. Mais pour moi, qui redoute d'ordinaire les passages serrés, l'expérience a été plus douce que prévu. J'ai été convaincue par ce mélange de gestes simples et de produits lisibles, sans mise en scène inutile.

Je garde aussi en tête les alternatives plus calmes. Un marché moins fréquenté m'irait certains jours, surtout si je veux vraiment regarder les lots. Pour l'huile de noix, je pourrais très bien repasser par un achat en ligne chez un producteur, quand le trajet ne vaut pas la fatigue. Et, en semaine, les visites chez les producteurs restent une option plus paisible. Martel m'a donné envie d'y revenir, mais avec un sac plus solide et l'esprit plus net.

Maéva Dubuisson

Maéva Dubuisson publie sur le magazine La Guérinière des contenus consacrés à la cuisine du Périgord, aux recettes du quotidien et aux bases utiles pour cuisiner avec plus de clarté. Son approche éditoriale met l’accent sur la transmission, la simplicité des explications et des repères concrets pensés pour une pratique réelle.

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